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Yue Minjun : l’angoisse de « L’ombre du fou rire », à la Fondation Cartier

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Un des hauts lieux d’art contemporain parisien, la Fondation Cartier nous a accueillies, Caro et moi, pour l’exposition du chinois Yue Minjun, prolongée jusqu’au 24 mars.

Cet artiste m’a fortement interpellée. Moi qui suis sensible à l’esthétisme, les œuvres ne sont pas « belles » à proprement parler (loin s’en faut !), ce n’est vraisemblablement pas leur vocation puisqu’elles sont même presque grotesques. l’Art n’a d’ailleurs pas forcément vocation à être Beau (vaste débat !), même si pour ma part je préfère qu’il le soit…

Dans le cas présent, nous sommes dans la dénonciation d’un régime, totalitaire par le passé ayant eu la volonté de gommer les différences puis suivi d’une société littéralement uniformisée. L’artiste représente ainsi de multiples chinois qui peu à peu finissent par endosser sa propre effigie.

The Sun2000 acrylique sur toile collection privée © Yue Minjun

The Sun
2000 acrylique sur toile collection privée © Yue Minjun

La multiplication de ces clones aux sourires figés angoisse profondément : le spectateur sent le poids de cette Révolution culturelle chinoise lancée par Mao en 1966 pour purger le Parti communiste chinois (PCC) de ses éléments « révisionnistes » et limiter les pouvoirs de la bureaucratie. Les intellectuels, de même que les cadres du Parti, ont été publiquement humiliés, les mandarins et les élites bafouées. Le volet « culturel » de cette révolution a tenu en particulier à éradiquer les valeurs traditionnelles. C’est ainsi que des milliers de sculptures et de temples (bouddhistes pour la plupart) ont été détruits. En bref, « l’idéologie bourgeoise » a été liquidée au profit de l’implantation de « l’idéologie prolétarienne », en muselant les artistes et les intellectuels, toujours les premiers éradiqués : la suppression de la parole accompagnant la volonté de suppression de liberté de penser.

The execution1995 Huile sur toile 150 x 300 cm collection privée

The Execution
1995 Huile sur toile 150 x 300 cm collection privée © Yue Minjun

Yue Minjun caricature l’uniformisation de la société chinoise par « le Rire ». Un rire très cynique me direz-vous. Oui, un rire qui fait froid dans le dos : un rire presque sardonique. Une critique acerbe de la société : « C’est pour cela que le fait de sourire, de rire pour cacher son impuissance a [une grande] importance pour ma génération », dit Yue Minjun en parlant de ses débuts.

The death of marat2002 Huile sur toile 292 x 220 cm collection privée, pékin

The Death of Marat
2002 Huile sur toile 292 x 220 cm collection privée, Pékin © Yue Minjun

L’artiste revisite, dans une autre série, les maîtres en supprimant le sujet principal de l’œuvre, tout en maintenant le décor intact comme s’il avait été abandonné : dans l’interprétation de La Mort de Marat de Jacques-Louis David (1793, Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique, Bruxelles) par exemple ne subsiste ainsi que la baignoire… Marat a physiquement disparu. Dans d’autres représentations d’événements historiques chinois, l’artiste a aussi fait disparaître les dignitaires du tableau pour symboliser la purge des dirigeants au sein du Parti Communiste et celle des intellectuels.

portrait de yue minjun dans son studio pékin, avril 2006 ©Yue Minjunphoto courtesy Yue Minjun studio

portrait de yue minjun dans son studio pékin, avril 2006 ©Yue Minjun
photo courtesy Yue Minjun studio

Jusqu’au 24 mars à la Fondation Cartier

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