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Une « Ita L. Née Goldberg » poignante au Théâtre du Petit Saint-Martin

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Le noir.. puis la lumière jaillit sur la scène du Théâtre du Petit Saint-Martin. Ita est seule face à elle-même dans ce petit appartement.. Des pas montent dans l’escalier, on sonne. Ita se demande qui cela peut bien être. Elle a peur. Elle hésite, puis ouvre la porte. Trois hommes se présentent et lui demandent :

« Vous êtes bien Ita L. Née Goldberg ? »

« Oui leur répond-elle… ».

Ils lui disent qu’ils sont de la police et veulent l’emmener pour lui poser quelques questions. « Nous revenons vous chercher dans une heure… » lui disent-ils.

Nous sommes à Paris le 12 décembre 1942… sous l’Occupation. Le spectateur a le cœur serré en écoutant le monologue d’Ita, juive d’Odessa ayant fui l’Ukraine et émigré en France une trentaine d’années plus tôt pour échapper aux massacres soviétiques. Cette France, qu’elle aime, est sa terre d’asile, où elle a vécu à Paris rue du Petit Musc avec son mari Salomon, disparu depuis. Elle ne peut croire à ce qui se passe. Son fils Jacques a été emmené à Drancy. Elle a perdu la trace de ses autres enfants, disparus eux aussi. A 67 ans, elle se retrouve seule dans ce petit appartement… et raconte…

Je n’en dirai pas plus… J’ajouterais seulement qu’Hélène Vincent, grande comédienne aux multiples rôles (on se souvient en souriant de la Maman catho dans « La Vie est un long fleuve tranquille »), est magistrale dans ce monologue au texte poignant d’une heure environ. Ita voit sa vie défiler devant ses yeux elle se raconte, s’exprime, se ressent. On a envie de la prendre dans ses bras, de lui dire « Profite de l’heure que tu as et pars ! Tu ne sais pas ce qui t’attend »*.

Mais pour aller où, seule, âgée, fragile…

Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point cette pièce d’Eric Zanettacci, mise en scène par Julie Lopes Curval, m’a émue : elle vous rappelle clairement, ô combien, il est précieux de vivre dans un Etat démocratique… et, ô combien, il faut se battre pour conserver cette liberté.

*Il faut savoir que certains policiers sous l’Occupation donnaient une heure aux personnes inquiétées afin qu’elles puissent s’échapper.

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