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Confidences à Allah : la création d’un destin

Confidences à Allah de Saphia Azzedine, est un monologue qui oscille entre confession, témoignage, lutte pour soi. Jbara, une bergère marocaine, garde des chèvres dans le « trou du cul du monde« . Elle parle à Allah, Lui raconte sa vie. J’avoue que j’avais un peu peur du côté « je parle à Dieu », mais le texte est d’une puissance et d’humour aussi féroces que rares.

Jbara se prostitue et raconte sa lutte pour devenir quelqu’un, pour devenir indépendante, pour s’instruire. Une lutte qu’elle paye au prix fort : elle fait la pute et ne cache rien de sa condition. Mais elle a parfois tellement honte d’elle qu’elle n’ose plus parler à Allah. Et pourtant, dans toutes ses aventures, c’est Le Seul qui restera toujours avec elle, son compagnon perpétuel.

Je ne sais pas si vous aussi vous avez parlé à Dieu, ou si vous continuez. Moi, ça m’est arrivé pendant longtemps, la nuit avant de me coucher. J’ai toujours rejeté l’idée d’un moment de prière dédié : on doit pouvoir parler à Dieu quand on veut. J’ai arrêté en grandissant et l’un des points du roman est de montrer à quel point c’est difficile de rester croyante et de s’accrocher à son Dieu. Et pourtant, Jbara s’accroche et continuer de l’aimer d’un amour pur, tout en se rebellant contre sa condition de pauvre et d’ignorante.

Le ton est libre, drôle, impertinent. Cependant, le texte est féroce : Jbara ne cache rien de ce qu’elle vit, sans tomber dans le sentimentalisme ni dans l’apitoiement sur elle-même.

Les premières lignes du roman :

« Tafafilt c’est la mort et pourtant j’y suis née. Je m’appelle Jbara. Il paraît que je suis très belle mais que je ne le sais pas. Ça me fait une belle jambe à moi d’être belle. Je suis pauvre et j’habite dans le trou du cul du monde. Avec mon père, ma mère, mes quatre frères et mes trois soeurs.
Ça baise comme des salauds chez les pauvres, parce que c’est gratuit.
De toute façon, personne, à l’époque, ne m’a jamais dit que j’étais belle. On ne dit pas ces choses-là chez moi. Ce n’est pas quelque chose qui compte, la beauté, à Tafafilt, ça ne rapporte rien. Surtout on ne sait pas ce qui est beau ou ce qui ne l’est pas. Mon père serait incapable de vous dire si je suis belle, ma mère aussi. Ils diraient tout au plus : «C’est une fille travailleuse, Jbara !» C’est une notion de riche, la beauté. Moi, pour l’instant, je suis travailleuse, on va dire. On n’est pas très éduqués dans mon bled. D’ailleurs on ne m’a jamais éduquée. »

Autre extrait :

Mon père, dès qu’il m’en parle, c’est pour me dire qu’il va me châtier si je fais encore des conneries. Un jour j’ai juste dit devant lui qu’il faisait trop chaud et que c’était pénible : eh bien il m’a flanqué une baffe. Dans sa logique, à ce con, comme c’est Allah qui fait le temps, j’avais blasphémé. Maintenant, vous avez une idée de qui est mon père. C’est un ignorant et il l’ignore. Un vrai cancer à lui tout seul. Il ne sait que gueuler et de préférence sur les gonzesses. C’est un pauvre, mon père. Et c’est un con. C’est un pauvre con.

J’aurais aimé voir « Confidences à Allah » au théâtre, mais question de timing, ça n’a pas été possible. Je crois que le livre sera bientôt adapté au cinéma,mais en attendant, je vous conseille de lire ces 100 et quelques pages. Et pour en savoir plus ou lire plus d’extraits, allez voir sur la Plume Francophone.

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