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La pure Liberté de Tony Gatlif

Magnifiques Tsiganes de Tony Gatlif : ces beaux visages noircis, burinés et ciselés comme taillés à la serpe sont magnifiés à l’écran par le réalisateur. Sujets emprunts de vérité qui portent l’histoire d’un peuple au génocide oublié — entre 250.000 et 500.000 Tsiganes furent massacrés par les nazis.

Images saisissantes d’une vie de nomade que le réalisateur raconte avec une simplicité déroutante. Souvenirs ravivés d’une période de profonde violence quand parqué dans un camp derrière des barbelés, l’être humain est traité comme une bête..

Le synopsis : un jeune garçon juif est sauvé de la famine et d’une mort certaine par une troupe de gitans. Ayant coutume chaque année de revenir dans le même village pour faire les vendanges dans le pays, ils y retournent pendant la Seconde guerre mondiale en 1943. Ils confient l’enfant à Théodore vétérinaire et maire du village (Marc Lavoine) et à l’institutrice Mademoiselle Lundy (sublime Marie-Josée Croze au teint diaphane incarnant Yvette Lundy, grande résistante sparnacienne, dont l’histoire a inspiré le film) qui s’arrange pour que les enfants des Tsiganes soient scolarisés. Mais les contrôles d’identité imposés par le régime de Vichy se multiplient et les Tsiganes, peuple nomade, n’ont plus le droit de circuler librement.. un récit de soutien et d’amitié particulière..

Vous vous trouvez alors baigné dans la vie bucolique campagnarde en temps de guerre où pour certains l’Etranger (le tsigane) est toléré peut-être même apprécié mais est le plus souvent rejeté par la bêtise et la terreur humaines..

Récit d’un engagement : pour Tony Gatlif : « Sauver des juifs, des aviateurs ou des Tsiganes, l’engagement est le même. C’est le même danger. Pour moi, les deux personnages de l’histoire, l’institutrice et le maire, représentent tous les justes du monde. Ils sont le ciment du film »

Touchante découverte d’un peuple libre, de ses coutumes et de ses croyances en profond décalage avec le XXème siècle auquel pourtant il appartient..

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8 commentaires sur “La pure Liberté de Tony Gatlif

  1. Excellent récit que vous nous faites là. C’en est presque de la littérature ! Oui, bon, j’exagère mais je dois dire que c’est tellement bien écrit et si joliment raconté qu’on aurait presqu’envie d’y aller – moi qui suis pourtant un peu -beaucoup- réfractaire aux films portant sur la période nazie. J’ai l’impression de trop en voir, ou de trop en entendre parler et de toute façon, depuis La Vie est Belle de Benigni…
    Vos récits sont toujours d’une sincérité absolue, sans fards ni artifices. Et vous arrivez à faire passer votre enthousiasme d’une main de maître. C’est ce qui donne envie de vous lire, même quand à priori, le sujet ne nous intéresse guère. Bravo et bonne continuation !

    • Vous lire ce matin me touche profondément. Comme vous avez pu le constater, l’esprit initial de ce blog est double : le partage de l’émotion et la liberté de l’expression.
      Votre retour plus que positif donne des ailes et du cœur pour continuer à partager mes ressentis librement.

      Un grand Merci !

      Tana

  2. Merci Tana pour ce billet qui me donne l’occasion de donner mon avis en échange 😉
    Grande grande fan de Gatlif devant l’Eternel et passionnée par l’histoire des Rom, j’ai trouvé que ce récit manquait de « vie »…
    Quelle déception !
    J’en veux à Gatlif d’avoir décharné son propos en donnant à voir ce que des dizaines d’autres réalisateurs ont déjà donné avant lui.
    Il manquait la douce folie, la poésie de Gadjo Dilo, de Exils….
    Il manquait qqch.
    Gatlif en voulant parler de l’Occupation est resté sur le sentier qui a été dessiné par ses prédécesseurs.
    Certaines scènes sont trop longues ou répétivites…Lavoine n’est pas crédible, Croze a oublié de faire passer de l’émotion…
    Je n’ai même pas réussi à m’attacher au personnage du fou Taloche. C’est dire ! moi qui aime tant les fous… 😉
    Bon, je devrais nuancer sans doute car la musique omniprésente (à chacun de ses films) est ici encore une corde à l’arc de Gatlif… Ce film n’est pas à jeter à la poubelle mais il manque qqch…
    Il manque une « âme »….sans doute !

    • Tu es dure ! 🙂
      Mais effectivement, je n’ai pas ta connaissance de l’œuvre de Gatlif (je n’ai même pas vu Gadjo Dilo c’est pour dire… il va d’ailleurs falloir réparer cette erreur). La comparaison m’est donc difficile à faire..

      En revanche, sur le traitement du sujet, je ne suis pas d’accord : la question du nazisme est souvent traitée sous l’angle politique et effectivement tout a pour ainsi dire déjà été dit. A mes yeux, avoir pris le parti de traiter le sujet par le petit bout de la lorgnette lui donne une authenticité et un réalisme traduisant avec pureté la vie dure dans les campagnes où tout le monde s’épiait et se dénonçait.
      Le film traduit bien l’angoisse des habitants/citoyens, la disette et la laideur de l’âme humaine. J’avoue avoir une préférence pour une expression suscitée de la violence plutôt que montrée.
      Et, je ne suis pas d’accord sur le jeu de Marie-Josée Croze 🙂

  3. Je ne suis pas dure, je suis exigeante 😉
    Exigeante (un peu trop, je te l’accorde) avec un réalisateur qui me fait dire que le cinéma sert à qqch, avec un réalisateur qui s’empare de l’histoire d’un peuple et qui lui re-donne ses lettres de noblesse comme personne ne l’avait jamais fait avant lui ni au cinéma, ni en littérature…
    Gatlif a toujours réussi à me donner la chair de poule avec ses histoires, sa narration, sa musique, ses acteurs, son ton décalé, enragé et unique…
    mais là, ça fait flop…

    Pour en revenir à la question du nazisme, c’est du déjà vu…à mon sens.
    Et si je dois lui accorder une seule chose c’est d’avoir, pour un fois, décidé de taper sur la collabos et les petits gens plutôt que sur les méchants allemands. Pour dire que l’horreur peut se trouver en chacun de nous que nous portions le fusil ou tout simplement notre chapelet de peurs et de xénophobies.

    Le tout est, à mon sens, dénué d’émotion…
    Mais attention : j’ai bien conscience en écrivant cela que je balaie allègrement du revers de la main des moments – isolés mais beaux – comme la rafle de ces Roms à l’aube, au « Maréchal te voilà… » revu avec la tristesse d’un violon, à la scène où l’eau est libérée….

    Je réitère, Croze m’a laissé de glace. mais ça encore c’est l’avis d’une cinéphile exigeante et un peu dure sans doute 😉

    A+

  4. OK match nul ! tes arguments font mouche !
    J’adore débattre avec toi ! 🙂
    Il va falloir trouver d’autres terrains pour s’amuser 🙂

  5. A ta dispo…..
    A voir : Le docu La Stratégie du Choc. Adaptation (libre) de Winterbottom du livre de 2008 de Noémie Klein…sorti hier.
    Je n’en dis pas plus…
    C’est à voir absolument (même si ça me fait dire que je devrais m’atteler à la lecture du brulot de Klein)
    C’est pas parfait, y’a des raccourcis facile…mais ça vaut le détour.
    Ça passe dans peu de salles à Paris. donc.

  6. C’est noté. Ce docu en laisse aussi certains sur leur faim.. : cf. critique du monde.fr : http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/03/02/la-strategie-du-choc-comment-se-facher-avec-naomi-klein_1313035_3476.html
    Ah l’exigence.. un vrai crédo 🙂

    Je t’avoue qu’en ce moment j’ai plutôt envie de choses énergisantes.. mais j’envisage d’aller le voir… 🙂
    Thanks pour l’info !

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