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Kandinsky à Beaubourg où la construction par la déconstruction

Einige Kreise (Quelques cercles), 1926 Huile sur toile 140,3 x 140,7

Einige Kreise (Quelques cercles), 1926 Huile sur toile 140,3 x 140,7

La peinture de Wassily Kandinsky, ça ne s’affronte pas sans préparation. Aller voir cette expo sans explications quand on y connaît pas grand-chose, c’était un peu comme affronter l’Everest en baskets : on est plein de bonne volonté, on se dit que ça va aller, que c’est pas 2 lignes courbes et 3 couleurs primaires qui vont nous avoir. Et bien, c’est sans compter la force de l’abstraction.

Hier, j’ai eu la chance de la voir commentée par un conférencier du musée Pompidou, qui nous a baladé pendant 2 heures dans les différentes salles retraçant le cheminement intellectuel et artistique du peintre, la construction de sa pensée par la déconstruction des formes. Et franchement, c’était génial.

Je vais tenter, dans le compte-rendu ci-desous, de restituer un maximum de ce qu’il nous a dit, tout en rajoutant parfois quelques touches personnelles. Attention, c’est LONG et pourtant encore très incomplet 🙂

Le parcours de l’exposition est construit de manière chronologique. On commence en 1907, quand Kandinksy s’installe à Munich et se lance dans une carrière de peintre. Il peint alors des toiles aux accents naïfs et pointillistes, que mon esprit rationnel à trouvé géniales car encore représentatives et compréhensibles. Il peint à cette époque « La Vie Mélangée » qui pose déjà les 3 thèmes récurrents de sa peinture : le cavalier (centre du tableau à droite), le bateau, le château (la ville de Moscou).

La Vie Mélangée, 1907 © ADAGP, Paris 2009

La Vie Mélangée, 1907 © ADAGP, Paris 2009

Les amants à cheval, amoureusement enlancés sur fond de ville de Moscou, est également représentatif de cette période.

Les Amants à cheval, 1907

Les Amants à cheval, 1907

Puis, assez rapidement, les formes sont de plus en plus suggérées. La Montagne Bleue, de 1908-09 montre les progrès rapidement effectués par l’artiste dans la décomposition des formes.

La Montagne Bleue, 1908-09, © ADAGP Paris, 2009

La Montagne Bleue, 1908-09, © ADAGP Paris, 2009

La figure de la montagne est également récurrente chez Kandinsky comme symbole de l’obstacle à franchir, tout comme le thème du combat, représenté sous de nombreuses formes. Plusieurs de ses toiles figurent un Saint Georges (également patron de la ville de Moscou) tuant le dragon à la lance.

C’est en 1911 que Kandinksy réalise la première toile « abstraite », Bild Mit Kreis (Peinture avec un cercle)  qui est qualifiée par son secrétaire à l’époque comme la première toile « non objective ». Délivrée des contingences de la représentation figurative, la peinture de Kandinsky s’intéresse à d’autres formes de représentativité.  Avec « Impression III », Kandinsky couche sur la toile son souvenir d’un concert et pose la double question de la musicalité de la peinture et de la correspondance entre sons et couleurs.

Impression III (Konzert), 1911

Impression III (Konzert), 1911

Le jaune peut suggérer la musique, qui enveloppe l’assistance figurée par les personnages à gauche, peints dans une gamme de couleurs. Mais il pourrait aussi symboliser le silence : Kandinksky laisse souvent des endroits « unis », des aplats de couleur comme des pauses qui permettent de mieux mettre en avant l’imbrication des autres éléments de la toile. Une sorte de transposition de la théâtralité de la musique par l’alernance de la musique et du silence, emblématique notamment de Beethoven.

De 1915 à 1921, Kandinsky rentre à Moscou, où il joue le jeu de la révolution bolchévique. Il peint alors Moskau I, une ville qui ne va pas tarder à vaciller, comme en équilibre sur la pointe d’un pied au-dessus d’un désquilibre profond.

Moskau I (Moscou I), 1916

Moskau I (Moscou I), 1916

Kandinsky repart en Allemagne en 1921, invité par le Bauhaus. Cette période est la plus connue de son oeuvre, c’est celle des toiles géométriques, de son travail le plus abouti sur les 3 formes fondamentales et les couleurs primaire. Pour tout vous dire, personnellement, ça me laisse de marbre au-delà de l’impression esthétique première du j’aime/j’aime pas. Emblématique de cette période : Komposition VIII (Composition VIII) de 1923.

Komposition VIII (Composition VIII), 1923

Komposition VIII (Composition VIII), 1923

En 1933, le Bauhaus ferme définitivement ses portes. Kandinsky part pour Paris tandis que les nazis exposent ses toiles lors d’une exposition sur « L’art dégénéré ». Il obtient avec sa femme la nationalité française juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale.

En raison de la pénurie de matériel, il ne peint plus que sur des petits formats. Les toiles de cette époque sont plus douces et retrouvent la fraîcheur d’une certaine spontanéité. Quelques unes pourraient même être industrialisées en papier peint, comme Bleu de ciel, de 1940 qui ferait particulièrement bon genre sur les murs d’une chambre d’enfant.

Bleu de ciel, 1940

Bleu de ciel, 1940

« Peintre de la poésie et du fantastique, il semble toujours y avoir plus d’un tour dans ses toiles. Les jeux d’enfants n’en sont pas exclus, pas plus que la féérie de ces boîtes à suprises qui s’ouvrent et se referment en vous laissant toujours un secret dans les yeux. » (Nina Kandinsky). Cette citation de sa femme correspond bien à cette toile malicieuse, où le peintre s’amuse avec ses personnages-animaux dans un mouvement de transformations pérpetuelle.

Kandinsky meurt après la libération de Paris, en 1944 à l’âge de 78 ans, à son domicile de Neuilly-Sur-Seine.

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4 commentaires sur “Kandinsky à Beaubourg où la construction par la déconstruction

  1. waow… je pensais pas que la peinture abstraite avait un intérêt autre que celui de l’artiste… et là, je suis… épatée !
    merci pour ce bref tour d’horizon.

  2. Merci beaucoup ! C’est vrai que la peinture abstraite est difficile à appréhender, je suis contente que tu aies trouvé le post utile !

  3. […] sa plus tendre enfance Vassily aura été fasciné par Moscou sa ville natale, il est sous le charme des couchers du soleil mauves de ses ciels formidables, de la féérie de […]

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